"Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse.
Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit, et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé..."
Allez, avouez-le, à qui donc pensiez-vous lorsque vous en lisant ces lignes ?
Et pourtant, je peux vous assurer que l'on était loin de parler d'un certain N.S. en les écrivant. Elles sont en effet extraites de l'oeuvre de Victor Hugo, Napoléon le Petit(1852).
...............1) LE BONHEUR N'EXISTE PAS. ...............2) L'AMOUR EST IMPOSSIBLE. ...............3) RIEN N'EST GRAVE.
.....Sans rire, cela peut paraître idiot, mais cette recette m'a peut-être sauvé la vie quand je touchais le fond. Essayez-là dès votre prochaine dépression nerveuse. Je vous la recommande. .....Voici également une liste de chansons tristes à écouter pour remonter la pente : April come she will de Simon & Garfunkel (20 fois), Trouble de Cat Stevens (10 fois), Something in the way she moves de James Taylor (10 fois), Et si tu n'existais pas de Joe Dassin (5 fois), Sixty years on suivi de Border Song d'Elton John (40 fois), Everybody hurts de REM (5 fois), Quelques mots d'amour de Michel Berger (40 fois mais ne vous en vantez pas trop), Memory Motel des Rolling Stones (8 fois et demie), Living without youde Randy Newman (100 fois),Caroline No des Beach Boys (600 fois), la Sonate à Kreutzer de Ludwig van Beethoven (6 000 fois). Bon concept de compil, ça : j'ai déjà le slogan. ....."La Compil Cafard, .....la Compil qui broie du noir."
.........Si les enfants veulent tous devenir astronautes, c'est pour se barrer de cette terre où ils devront vivre toute leur vie. Ensuite ils grandissent, oublient la NASA à cause d'un 5,5 en maths, écoutent du black métal et vomissent la bière vendue par packs de trente, se haïssent eux-mêmes, sans trop savoir pourquoi. Le lycée leur apprend les modalités de l'échec, de l'humiliation, de la clope et du suicide. Ceux qui auront leur Bac se ruineront en Malibu-Coca...
.........Puis le soleil éclaire un peu plus leur chemin. Ils voient un peu mieux l'avenir parce qu'il n'y en a pas. Ils se psychanalysent eux-mêmes, découvrant que tout ça, ce n'est peut-être pas seulement de leur faute. .........Alors on se met à faire de la politique. Un autre monde est possible. Le changer serait tellement cool ! Ils achètent des tee-shirts avec des étoiles rouges et trouvent le mot "révolution" très beau. Ca ressemble à "révolver" mais surtout à "évolution". Ils arrêtent de manger du McDo, refusent d'être Français, ne regardent plus la météo. De toute façon, demain... .........il pleuvra.
.........Le doute se mêle à leurs tentatives, vaines forcément. Pourquoi refaire le monde puisqu'il va péter ? Et puis ils se rendent compte que boire une bière fraîche avec une belle brune, ce n'est pas si mal. Le regard d'une fille vaut mieux qu'un combat perdu d'avance. "L'amour, pas la guerre !", ce genre de conneries... .........On em***** une dernière fois la société puis on revend son poster du Che. Cette fille devient notre femme ; la bière fraîche devient notre bide. On s'entasse dans un meublé qu'il faudra payer, un boulot et puis une bagnole avec l'ouverture centralisée et la clim' en option. On économise pour Noël et un peu de soleil à la plage. On devient gros, moche, aigri. Les petits cons arrêtent de jouer dans notre pelouse et on se souvient qu'avant on avait des projets. On se souvient... .........On était jeunes, tout plein d'idées, tout ça pour rien. .........Parce que maintenant on attend comme tout le monde son abonnement au programme télé.
.........Alors, avant de mourir, on va voir son petit fils. Il veut devenir astronaute.
"Il avait autrefois connu cette demoiselle. Elle était belle avec la pâle blancheur de sa peau, le rose vif de ses tâches de rousseur. Belle et hautaine. Une précieuse. De son air narquois elle toisait les autres, du haut de son long corps filiforme au port altier. Sa tête s'élevait, droite, fière, ne posant son regard sur rien de ce qui l'entourait, comme si rien n'eût été digne de tomber sous ses yeux qui arboraient en leur centre une lueur jaune-dorée. Aucun parfum n'émanait d'elle, nulle senteur qui charmât les sens ou enveloppât dans un nuage tiède et sucré. Rien. Rien que sa beauté froide et nue. Elle était un iceberg, glaçant l'atmosphère et refroidissant quiconque oserait s'approcher de son Altesse. D'ailleurs, on craignait de s'approcher d'elle. Ses courbes étaient bien trop frêles pour que l'on osât n'eût-ce été que de les effleurer sans craindre de les briser. Ses épaules se courbaient sous le moindre souffle. Il eût suffi de la moindre chaleur pour qu'elle laissât choir sa nuque dans une courbe grâcieuse, comme épuisée par les degrés qui se rebellaient soudain contre son règne. Elle ne buvait que de l'eau. Et de l'eau très pure. Mais à heures précises, je vous prie ! Elle n'eût su tolérer aucun retard. Et de la lumière ! Elle voulait de la lumière, encore et toujours plus ! Elle tournait vers elle ses grands yeux, sa peau gourmande, ses bras colorés. Elle était une fleur de serre et s'épanouissait dans cet immense appartement, qu'elle considérait comme son royaume. Mais sa délicatesse et son aspect fragile n'étaient qu'écrans de fumée. Elle était l'une des plus résistantes qui fût. On eût pu l'oublier des semaines entières dans le plus sombre cachot, sans même une goutte d'eau, qu'elle eût survécu. Elle était forte sous ses apparences. Il avait autrefois connu cette demoiselle. Il s'était même laissé prendre au piège de ses manières. - Miss Orchid... Il répétait son nom inlassablement, comme s'il y avait dans ce nom même, un fragment infime de la beauté et de la force fragile de sa propriétaire. - Miss Orchid..."
Le soir qui est tombé depuis belle lurette en effaçant la grisaille des murs. Les lumières qui fleurissent comme des étoiles multicolores. Les autochtones ont déserté les rues, qui n'offrent plus pour signe de vie que les chats qui filent sous les monstres endormis des voitures. Les pas résonnent entre les immeubles vides, l'ombre se profile sur le trottoir. Tout est calme. Et c'est encore mieux aux petites heures du matin. Il n'y a plus trace des abrutis qui peuvent vous accoster, sentant l'alcool à plein nez, à peine capables de tenir debout. Ils sont étalés depuis longtemps tout ceux-là. Quatre heures du matin. Mettre le nez dehors par une belle nuit d'été, l'air est frais. La chaleur de la veille s'est envolée, celle du jour n'est pas encore réveillée. On ne croise dehors que quelques personnes, ceux qui commencent à travailler si tôt qu'ils croisent ceux qui terminent tard. Ils ont la tronche de travers ; les premiers ne pensent qu'à leurs draps qu'ils viennent de quitter, les autres à leur oreiller qui leur tend les bras. Les gens sont comme ça. Ils ne savent plus vivre en profitant des beaux instants qui se présentent parfois. Devant le calme d'un matin endormi, eux ne pensent qu'à leur boulot du matin au soir. Les gens sont tristes. Ils sont gris comme les murs qui les entourent. Si seulement quelqu'un pouvait leur ouvrir les yeux, même pour cinq minutes. Même leur montrer que la pluie peut être belle. Les gouttes qui s'éclatent en miroirs sur les trottoirs, l'air qui se charge d'un parfum si caractéristique, le ciel qui parfois se dévoile un peu et laisse paraître ses étoiles dans les déchirures de son manteau de nuages. Je crois... je crois que les gens ne savent plus rêver.
Moi, je dis ça... Je dis rien...
D'ailleurs si, je le dis ! Ca m'est arrivé par temps de pluie, de m'asseoir la nuit au bord de ma fenêtre. Y'a ce petit rebord où je peux me percher à l'abri quand le vent souffle dans un certain sens. Et là, carnet sur les genoux, stylo à la main, j'écoute attentive le crépitement infini, les milliers de gouttes qui se suivent dans leur chute interminable. J'essaye de saisir ce bruit. Mais mettre des mots sur des sons, est-ce possible ? Et les lumières... Raconter les lumières par des phrases ? Les phares des voitures qui balayent le sol avec des éclats colorés un peu partout autour, les lampadaires qui tremblent doucement avec le souffle du vent. Les rares piétons qui se promènent à cette heure. Ils marchent tranquillement sous leurs parapluies, ou bien ils courent avec leur capuche... Pourquoi courir ? Ils sont déjà ruisselants de la tête aux pieds... Ah, celui-ci a compris. Il marche, sans capuche, sans rien. Il n'a pas l'air de s'en soucier.